June 23, 2015 / 7:19 PM / in 2 years

Bouygues repousse l'offre d'Altice sur sa filiale télécoms

4 MINUTES DE LECTURE

Bouygues a annoncé mardi soir que son conseil d'administration avait décidé de ne pas donner suite à l'offre d'entrée en négociations du groupe Altice en vue d'un rachat de sa filiale télécoms, en raison notamment des risques d'exécution et des risques sociaux liés au projet. /Photo prise le 23 juin 2015/Philippe Wojazer

PARIS (Reuters) - Bouygues a rejeté mardi soir l'offre du groupe européen de télécoms Altice, maison-mère de Numericable-SFR, en vue du rachat de sa filiale Bouygues Telecom, estimant que cette dernière est en mesure aujourd'hui de poursuivre seule son développement.

Le groupe de BTP, de médias et de télécommunications explique notamment avoir jugé les risques d'exécution d'un mariage entre sa filiale et Numericable-SFR trop importants au regard des enjeux de concurrence.

"Aucune réponse pleinement satisfaisante n'est apportée par Altice sur ce sujet essentiel (du droit de la concurrence, ndlr) qui serait étudié en détail par l'Autorité de la concurrence", souligne Bouygues dans un communiqué diffusé à l'issue de la réunion de son conseil d'administration.

"En outre, elle ne prend pas en compte le lancement imminent de la procédure d'attribution des fréquences 700 MHz et ses conséquences sur l'opération", poursuit le groupe.

Bouygues justifie également sa décision par les risques sociaux et en termes d'emplois que pourrait comporter un tel mariage, déjà vu d'un très mauvais oeil par le gouvernement.

Et pour illustrer sa capacité à rester indépendant, le groupe de BTP souligne que Bouygues Telecom a les moyens de retrouver à l'horizon 2017 une marge d'Ebitda de 25% minimum, son niveau de 2011, avant la guerre des prix qui a suivi l'arrivée de Free.

Personne n'était joignable dans l'immédiat chez Altice pour un commentaire.

Altice a proposé à Bouygues de racheter sa filiale de télécoms pour un montant qui pourrait atteindre, selon des sources, 10 milliards d'euros en numéraire.

L'enjeu Des fréquences 700 Mhz

Une telle opération aurait eu pour conséquence de ramener le marché français des télécoms à trois opérateurs, contre quatre actuellement depuis l'arrivée de Free (Iliad) début 2012. Elle aurait aussi donné naissance à un nouveau leader du marché français, devant l'opérateur historique Orange.

Mais, les ambitions d'Altice et de son patron Patrick Drahi se sont vite heurtées aux réticences du gouvernement français qui redoutait qu'un rachat de Bouygues Telecom n'entraîne d'importantes suppressions de postes ainsi qu'une baisse des investissements dans les réseaux très haut débit. et

Depuis dimanche, le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, a multiplié les avertissements.

Devant les députés, le ministre, qui a reçu Patrick Drahi en début de soirée, a maintenu mardi la pression sur les protagonistes en réaffirmant ses craintes d'une "casse sociale".

"Il est à peu près évident qu'il y aura des destructions d'emploi à cause de cette opération. C'est ce qu'on appelle joliment des synergies", a ainsi déclaré le ministre lors de la séance des questions à l'Assemblée nationale.

Mais au-delà des inquiétudes sur le volet social et sur celui des investissements, le gouvernement redoutait surtout, selon des sources proches du dossier, qu'un mariage entre Bouygues Telecom et Numericable-SFR ne remette en cause la vente des fréquences 700 MHz pour laquelle le gouvernement doit lancer une procédure d'enchères cette année afin d'accélérer le déploiement de la 4G sur l'ensemble du territoire.

Grâce à ces enchères, dont la procédure a été calibrée sur la base de quatre opérateurs, l'Etat espère récolter près de 2,5 milliards d'euros de recettes déjà inscrites dans le projet de loi de Finances 2015 au titre des crédits pour la Défense.

En Bourse, avant le communiqué de Bouygues, le titre Numericable-SFR a clôturé mardi en repli de 0,60% à 54,46 euros, tandis que Bouygues a terminé en baisse de 0,13% à 38,02 euros.

A Amsterdam, l'action Altice a terminé la séance à 130 euros (+0,27%).

Avec Leila Abboud et Dominique Vidalon

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