19 juin 2015 / 10:23 / dans 2 ans

Gazprom dit bâtir une alliance globale avec Shell

Dans une interview à Reuters, Alexei Miller, directeur général de Gazprom, explique que le géant du gaz russe est en train de nouer une alliance stratégique mondiale avec Royal Dutch Shell qui comportera des échanges d'actifs et lui permettra d'accéder à de nouveaux marchés. /Photo prise le 2 juin 2015/REUTERS/Benoît Tessier

SAINT-PETERSBOURG, Russie (Reuters) - Gazprom est en train de nouer une alliance stratégique mondiale avec Royal Dutch Shell qui comportera des échanges d‘actifs et permettra au géant gazier russe d‘accéder à de nouveaux marchés, a déclaré à Reuters son directeur général Alexei Miller.

Premier producteur mondial de gaz, Gazprom a annoncé jeudi un accord avec Shell et deux autres clients historiques en Europe, l‘allemand E.ON et l‘autrichien OMV, pour doubler la capacité du projet Nord Stream avec deux nouveaux gazoducs entre la Russie et l‘Allemagne via la mer Baltique.

Alexei Miller, qui s‘exprime rarement dans la presse, a précisé à Reuters que cet accord avec Shell prévoyait aussi le développement de leur usine conjointe de gaz naturel liquéfié (GNL) sur l‘île de Sakhaline, dans l‘est de la Russie, ainsi que des échanges d‘actifs dans leurs activités amont sur le plan mondial.

“Des documents d‘une telle importance ne sont signés que tous les cinq ou peut-être même 10 ans”, a-t-il dit en marge du forum économique de Saint-Pétersbourg.

Cet accord avec Shell est un coup d‘éclat pour Gazprom alors que de nombreuses entreprises occidentales réduisent leur exposition à la Russie, frappée de sanctions américaines et européennes en raison du conflit en Ukraine.

Sur un marché mondial du gaz caractérisé par une surabondance de l‘offre, le géant russe, lui-même sanctionné par les Etats-Unis mais pas par l‘Union européenne, bataille pour accroître sa part de marché en Europe tout en étant engagé dans un bras de fer avec les autorités d‘Ukraine, pays par lequel transitent l‘essentiel de ses exportations vers l‘UE.

“Beaucoup de nos partenaires traditionnels se positionnent en tant que puissants acteurs régionaux (...) Shell est un acteur mondial. Et avec le développement du marché mondial du gaz (...) nous allons créer un partenariat stratégique mondial”, a dit Alexei Miller.

LES AFFAIRES PLUS IMPORTANTES QUE LA POLITIQUE

Le rachat de BG par Shell annoncé en avril renforce les possibilités de coopération, telles que des échanges d‘actifs dans les activités amont, entre Gazprom et la compagnie anglo-néerlandaise, a-t-il poursuivi.

“L‘accord va prendre un peu de temps pour se matérialiser. Shell doit par exemple devenir le propriétaire de l‘intégralité de BG”, a déclaré Alexei Miller. “Nous projetons de signer un tel accord l‘année prochaine à ce même forum de Saint-Pétersbourg.”

Shell doit encore obtenir le feu vert des autorités de la concurrence du Brésil, de l‘Australie et de la Chine, où il est déjà fortement implanté, pour le rachat de BG, une opération de 47 milliards de livres.

“Nous connaissons les marchés brésilien, australien et asiatique. Et cela nous autorise à parler de partenariat mondial”, a insisté le patron de Gazprom.

L‘accord avec Shell ne se limitera pas à des échanges d‘actifs ou à des échanges de gaz de Gazprom contre du GNL de Shell mais il pourrait aussi porter sur des produits pétroliers et d‘autres hydrocarbures, a-t-il dit.

Prié de dire comment il était parvenu à convaincre Shell de renforcer leur coopération malgré les tensions entre la Russie et les pays occidentaux, Alexei Miller a répondu que les affaires avait pris le dessus sur les considérations politiques.

“En ce qui concerne Nord Stream, il n‘a pas du tout été question de politique. La décision avait été prise en novembre 2011 et tout le travail a été accompli à partir des décisions prises il y a trois ans”, a-t-il dit.

Deux gazoducs reliant la Russie à l‘Allemagne via la Baltique fonctionnent déjà dans le cadre du projet Nord Stream, avec une capacité de 55 milliards de mètres cubes par an. Leurs actionnaires sont Gazprom, la filiale de BASF Wintershall, E.ON, Gasunie et Engie.

PAS D‘ABANDON DE TURKISH STREAM

Alexei Miller a dit que Wintershall se joindrait probablement à la construction des deux gazoducs supplémentaires, qui auront eux aussi une capacité de 55 milliards de mètres cubes, soit plus d‘un dixième de la demande de gaz en Europe d‘ici 2019.

Ce projet ne coûtera pas plus de 9,9 milliards d‘euros et peut-être moins, contre 8,5 milliards pour les deux gazoducs existants. Il sera financé de la même manière, à 30% par les actionnaires et à 70% par des emprunts bancaires.

Alors que les travaux préparatoires pour de tels projets prennent généralement des années, Alexei Miller a assuré que beaucoup avait déjà été accompli, notamment le dessin du tracé et la sélection d‘un bon nombre de sous-traitants.

Le gaz ainsi acheminé ira bien au-delà de l‘Allemagne, a-t-il souligné, puisque la compagnie OMV compte faire de l‘Autriche l‘une des plaques tournantes de la distribution de gaz en Europe.

Alexei Miller a insisté sur le fait que le doublement de Nord Stream ne signifiait pas un abandon du projet Turkish Stream, destiné, dans le cadre des efforts de Gazprom visant à contourner l‘Ukraine, à acheminer du gaz vers le sud de l‘Europe via la mer Noire et la Turquie.

“Il ne s‘agit en aucune façon d‘un concurrent de Turkish Stream”, a-t-il dit.

Gazprom ne dispose actuellement que d‘un accès limité à Nord Stream en raison de la législation européenne destinée à éviter qu‘un fournisseur d‘énergie domine une infrastructure.

Selon Alexei Miller, la demande de gaz en Europe va augmenter avec le temps et il sera de toute façon nécessaire de construire de nouveaux gazoducs.

“Nous avons rencontré nos partenaires en Europe et ils nous indiquent que les approvisionnements en provenance des sources traditionnelles de production européennes de gaz diminuent, et diminuent de manière substantielle. Sans de nouveaux volumes de gaz russe, ils ne pourront tout simplement pas faire face”, a-t-il dit.

Bertrand Boucey pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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