15 avril 2015 / 05:24 / il y a 2 ans

La croissance chinoise à son plus bas niveau depuis six ans

LA CROISSANCE EN CHINE

PEKIN (Reuters) - Le rythme de croissance de l'économie chinoise est tombé à son plus bas niveau depuis six ans au premier trimestre et la faiblesse de l'activité dans plusieurs secteurs majeurs laisse penser qu'il continue de ralentit, soulignant les difficultés que rencontre Pékin pour déterminer la bonne combinaison de mesures de relance.

Une série de baisses de taux d'intérêt, de réduction des ratios de réserves obligatoires imposés aux banques et de mesures de soutien au secteur immobilier semblent en effet avoir surtout contribué ces derniers mois à alimenter la spéculation sur le marché boursier, sans effet majeur sur l'économie réelle.

De nouvelles mesures de stimulation sont toutefois attendues pour lutter contre le ralentissement persistant de la croissance.

Le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 7% en rythme annuel au premier trimestre après une hausse de 7,3% sur les trois mois précédents, selon les statistiques officielles publiées mercredi.

Ce résultat, conforme aux attentes des économistes interrogés par Reuters, est mis en doute par plusieurs autres indicateurs sur les composantes de la croissance, soulignent toutefois certains analystes.

Les données sur les ventes de détail, la production industrielle et les investissements en capital fixe, publiées en même temps que les chiffres du PIB, sont en effet toutes ressorties en dessous des attentes.

La croissance des investissements en capital fixe, l'un des principaux moteurs de la croissance chinoise, est tombée au plus bas depuis 2000, à 13,5% en glissement annuel.

La production industrielle a quant à elle augmenté de 5,6% sur un an au premier trimestre alors que les marchés tablaient sur une hausse de 6,9%. Il s'agit de sa progression la plus faible depuis la crise financière de 2008.

UNE BAISSE DE TAUX JUGÉE PROBABLE

Plus décevants encore, les investissements dans le secteur de l'immobilier n'ont augmenté que de 8,5% sur janvier-mars, le chiffre le plus faible depuis 2009.

"Si vous regardez le premier trimestre, les exportations ont été mauvaises, la production industrielle a été mauvaise, l'investissement en capital fixe a nettement ralenti, les ventes de détail ont été faibles. Comment la croissance du PIB en termes réels peut-elle être de 7% ?", s'interroge Kevin Lai, économiste de Daiwa.

Le Bureau d'Etat des statistiques n'a pas publié le détail de l'évolution des composantes du PIB, expliquant que les chiffres définitifs n'étaient pas disponibles.

La croissance du premier trimestre est la plus faible depuis celle de 6,6% enregistrée sur les trois premiers mois de 2009, à la suite de la crise financière de 2007-2008. Un plan de relance massif avait alors permis de sortir l'économie de l'ornière au prix d'une envolée de l'endettement des collectivités locales et d'investissements en infrastructures à l'efficacité discutable.

En rythme trimestriel, la croissance est passée de 1,5% à 1,3% entre le quatrième trimestre 2014 et le premier trimestre 2015.

"Une baisse des taux directeurs et une baisse du ratio de réserves obligatoires sont probables", estime Louis Kujis, économiste sur la Chine de RBS, qui souligne que l'absence d'amélioration des indicateurs économiques en mars accentue la pression en faveur d'une baisse des taux.

PÉKIN CHERCHE À PROTÉGER L'EMPLOI

La Bourse de Shanghaï a mal accueilli les statistiques du jour, l'indice composite terminant la séance en baisse de 1,26%, son recul le plus marqué depuis un mois.

Les mauvaises nouvelles sur la croissance ont jusqu'à présent été surtout perçues par les investisseurs chinois comme la promesse de nouvelles injections de liquidités, propres à entretenir la hausse du marché. Mais la valorisation d'une partie des valeurs cotées, notamment les petites capitalisations, est désormais jugée élevée par certains observateurs.

Côté politique, tout en soulignant la nécessité de s'adapter à la "nouvelle norme" d'une croissance plus lente mais de meilleure qualité, les dirigeants chinois redoutent de voir un ralentissement plus marqué se traduire par des destructions d'emploi et des défauts de paiement.

Le Premier ministre, Li Keqiang, a déclaré la semaine dernière que la Chine était confrontée à des pressions baissières et que le gouvernement devait "résister" à ces pressions pour protéger l'emploi et les salaires.

L'emploi a été soutenu par le secteur des services, le taux de chômage ressortant à 5,1% selon les enquêtes réalisées par le Bureau national des statistiques.

Le ralentissement de la croissance et la déflation lancinante dans le secteur manufacturier pourraient entraîner de nouvelles destructions de postes dans l'industrie, soulignent des analystes, en particulier si Pékin met à exécution ses menaces de laisser des entreprises faire faillites dans des secteurs en surcapacité.

"Le chômage pourrait devenir un problème si la croissance du PIB reste durablement sous 7%", prévient Nie Wen, économiste de Hwabao Trust.

Jean-Philippe Lefief et Marce Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand

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