Bras de fer entre l'Etat et Renault sur la loi Florange

mercredi 8 avril 2015 18h25
 

par Jean-Baptiste Vey et Gilles Guillaume

PARIS (Reuters) - L'Etat français a décidé de monter au capital de Renault pour s'assurer qu'il disposera de droits de vote double à l'issue de la prochaine assemblée générale du constructeur automobile, contre l'avis du conseil d'administration du groupe et de son PDG Carlos Ghosn.

Principal actionnaire de Renault avec 15,01% du capital, le gouvernement a annoncé mercredi son intention d'acquérir temporairement jusqu'à 4,73% supplémentaires et d'augmenter sa participation jusqu'à 19,74%. L'opération, dont une grande partie a déjà été réalisée la veille, se fera pour un prix compris entre 814 millions et 1,232 milliard d'euros.

"Notre objectif, c'est de sécuriser les droits de vote double", pas d'augmenter durablement la participation de l'Etat au-delà du niveau de 15%, a-t-on expliqué dans l'entourage du ministre de l'Economie.

L'Etat cherche ainsi à obtenir une minorité de blocage à l'assemblée générale du 30 avril pour contrer la douzième résolution instaurant statutairement le principe "une action, une voix", et exemptant Renault de rejoindre les sociétés bénéficiant de droits de vote double en vertu de la loi "Florange" destinée à favoriser l'actionnariat de long terme.

Des droits de vote double, pratique relativement rare dans les sociétés internationales, sont actuellement en place dans 22 entreprises du CAC 40 et le sujet est à l'ordre du jour de nombreuses AG de 2015.

Avec 19,74% du capital et l'équivalent de 23,2% des droits de vote, l'Etat estime qu'il disposera d'un niveau suffisant, au vu des quorums habituels, pour faire obstacle à la résolution recommandée par le conseil d'administration de Renault.

"Le conseil soutenait le projet, le président du conseil (Carlos Ghosn) aussi", souligne une source de Renault.

"Renault semble être utilisé comme un pion du jeu politique", commente George Galliers, analyste automobile chez Evercore ISI. Il est clair que l'intervention "va contre le souhait de l'entreprise".   Suite...

 
L'Etat français a l'intention d'acquérir jusqu'à 4,73% supplémentaires du capital de Renault pour garantir qu'il disposera de droits de vote doubles à l'issue de l'assemblée générale du groupe automobile le 30 avril. L'Etat, qui détenait 15,01% du capital de Renault avant cette opération, verra sa participation augmenter jusqu'à 19,74%. /Photo prise le 22 janvier 2015/REUTERS/Yves Herman