24 mars 2015 / 12:48 / il y a 2 ans

Le fonds américain Psam organise la fronde chez Vivendi

Le fonds spéculatif P. Schoenfeld Asset Management (Psam) veut convaincre d'autres investisseurs de Vivendi de soutenir sa requête d'une plus large redistribution aux actionnaires du trésor de guerre accumulé par le groupe après une cascade de cessions. /Photo d'archives/Christian Hartmann

PARIS (Reuters) - Le fonds spéculatif P. Schoenfeld Asset Management (Psam) veut convaincre d'autres investisseurs de Vivendi de soutenir sa requête d'une plus large redistribution aux actionnaires du trésor de guerre accumulé par le groupe après une cascade de cessions.

Le fonds américain, qui détient environ 0,8% de Vivendi, est le premier actionnaire à contester ouvertement la stratégie du groupe de médias depuis l'arrivée à sa tête de l'entrepreneur milliardaire Vincent Bolloré, président du conseil de surveillance et premier actionnaire avec plus de 8% du capital.

Psam, qui est entré au capital de Vivendi en juillet 2012, a annoncé lundi soir avoir déposé deux résolutions en vue de l'assemblée générale du 17 avril réclamant la distribution de dividendes spéciaux d'un total de 9 milliards d'euros pour doper un titre qu'il juge sous-évalué.

Vivendi a confirmé mardi le dépôt de ces deux résolutions ainsi que d'une troisième résolution, déposée par un autre actionnaire non identifié, portant sur la non-application de la loi Florange instituant un droit de vote double.

Selon le Financial Times, cette résolution aurait été déposée par le fonds d'investissement PhiTrust, engagé dans une campagne contre la loi Florange, qui permet d'attribuer des droits de vote double à tout actionnaire détenant ses titres au nominatif depuis deux ans.

"Le directoire (...) a décidé de ne pas agréer ces projets de résolution et recommandera aux actionnaires de voter contre ou de s’abstenir", a déclaré le groupe dans un communiqué.

Vivendi a prévu de retourner à ses investisseurs quelque 5,7 milliards d'euros d'ici mi-2017 après avoir accumulé un trésor de guerre représentant potentiellement 15 milliards d'euros, selon des estimations d'analystes.

"Toute la question est de savoir quelle part de cet argent doit être retournée aux actionnaires plutôt que de rester dans les caisses du groupe", a expliqué Peter Schoenfeld, fondateur et dirigeant du fonds, à des journalistes à Paris.

Il juge "irrationnel" le montant de la trésorerie nette accumulée au bilan du groupe, plus de 40% de sa capitalisation boursière selon ses estimations, et refuse de laisser un "chèque en blanc" à ses dirigeants pour utiliser cette manne exceptionnelle.

"Nous allons nous rapprocher activement des actionnaires pour tenter de les convaincre", a expliqué Peter Schoenfeld, qui a cependant reconnu que la campagne s'annonçait ardue.

PEU DE CHANCES D'ABOUTIR

De l'avis de plusieurs analystes, si l'initiative du fonds a peu de chances d'aboutir, elle met en revanche en lumière de possibles divergences d'intérêt entre les actionnaires minoritaires et Vincent Bolloré.

"Bolloré a un horizon de temps qui n'est probablement pas celui des actionnaires minoritaires", estime Stéphane Beyazian, analyste à Raymond James, selon lequel la stratégie de l'homme d'affaires pourrait consister à se renforcer au capital de Vivendi au fil du temps lorsque l'action Vivendi sera revenue à un cours de Bourse plus abordable qu'actuellement.

L'industriel breton a pris le contrôle du groupe publicitaire Havas, dont il détient depuis peu plus de 80%, dix ans après y être entré, rappelle-t-il.

Psam se défend pour sa part d'être un fonds activiste, expliquant n'avoir ouvertement contesté la stratégie de sociétés dans lesquelles il avait investi qu'à de rares occasions, avec succès par exemple dans le cas du rachat de MetroPCS par T-Mobile USA.

Dans le cas de Vivendi, si le fonds assure concentrer ses requêtes sur la question du dividende, il ne se prive pas néanmoins de déplorer le manque d'informations données par Vivendi sur sa stratégie.

Vincent Bolloré a jusque-là livré quelques rares indices sur ses intentions, évoquant sa volonté de créer des synergies entre les activités du groupe dans la télévision et la musique, ou encore son projet de faire naître un "Bertelsmann" à la française.

La comparaison laisse cependant dubitatif le fonds américain, qui rappelle que le conglomérat allemand est un groupe familial non coté en Bourse.

"J'espère que Vincent Bolloré n'a pas pour projet de diriger Vivendi comme un groupe non coté", a lancé Peter Schoenfeld.

Le fonds déplore également que la valeur du bijou Universal Music Group (UMG), numéro un mondial de la musique, soit masquée dans sa configuration actuelle au sein de Vivendi, et plaide pour qu'une meilleure lisibilité lui soit donnée, par exemple via une scission ou une introduction en Bourse.

Un porte-parole de Vivendi a indiqué que les résolutions portées par le fonds seraient soumises au vote des actionnaires, tout en rejetant à nouveau le scénario d'une vente d'UMG.

"Le hedge fund américain, qui détient 0,8% du groupe, souhaite démanteler Vivendi et prendre le cash. Nous ne nous laisserons pas faire", a déclaré le porte-parole. "Le directoire de Vivendi est engagé pour le long terme soutenu par un actionnaire de référence français et familial et avec l'objectif de bâtir un groupe industriel de médias et de contenus".

Vivendi a indiqué qu'il comptait maintenir une rencontre précédemment planifiée entre son président du directoire, son directeur financier et Psam à l'occasion d'un road-show devant se tenir à New York en avril avant l'assemblée générale.

Edité par Jean-Michel Bélot

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