March 17, 2015 / 11:39 AM / 2 years ago

Des Européens rejoignent l'AIIB malgré les réserves américaines

5 MINUTES DE LECTURE

Le ministre chinois des Finances, Lou Jiwei, lors de la cérémonie d'inauguration de la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (AIIB). Créée à l'initiative de la Chine et considérée comme une institution concurrente de la Banque mondiale et de la Banque asiatique de développement, l'AIIB a vu, après le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne et l'Italie décider de la rejoindre. /Photo prise le 24 octobre 2014/Takaki Yajima/Pool

SEOUL/PEKIN/PARIS (Reuters) - Après le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne et l'Italie ont décidé de rejoindre la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (AIIB) lancée par la Chine, au risque de s'aliéner les Etats-Unis, qui ont émis des doutes sur la gouvernance et la transparence de cette nouvelle institution.

L'annonce en a été faite par un communiqué commun des ministres français des Affaires étrangères et des Finances, Laurent Fabius et Michel Sapin, en même temps que Berlin et Rome confirmaient leur participation au projet rapportée dans un premier temps par le Financial Times.

Ils soulignent que l'AIIB aura "vocation à travailler en partenariat avec les banques multilatérales d'investissement et de développement existantes", à savoir la Banque asiatique de développement (BAD) et la Banque mondiale, et "pourra jouer un rôle important dans le financement des infrastructures dont l'Asie a un besoin majeur."

"L'AIIB participera ainsi au développement économique et social de la région et contribuera à la croissance mondiale", ajoutent-ils.

Toujours selon le communiqué, la France, l'Italie et l'Allemagne "sont désireuses de (...) travailler à la création d'une institution respectueuse des meilleures pratiques en termes de gouvernance, de sécurité, de prêts et de marchés publics".

A l'image de la Grande-Bretagne, les trois pays sont passés outre aux réticences exprimées par l'administration américaine qui s'inquiète pour la gouvernance de la nouvelle banque sous forte influence chinoise.

Meilleures Pratiques Internationales

L'AIIB a été créée à Pékin l'an dernier avec pour objectif de promouvoir l'investissement dans les transports, l'énergie, les télécommunications et d'autres infrastructures dans les pays en développement d'Asie.

Elle est perçue comme un moyen pour la Chine, deuxième puissance économique mondiale mais qui dispose de droits de vote limités dans les institutions financières existantes, d'étendre son influence dans la région.

En visite à Pékin, le président du Parlement européen Martin Schulz s'est réjoui à l'idée que quatre pays européens rejoignent l'AIIB, tout en soulignant que l'institution devait se conformer aux normes internationales de bonne gouvernance.

"Je pense que c'est une bonne chose et si d'autres Etats membres en font autant ce sera encore mieux", a-t-il dit à des journalistes. "Il y a un élément en plus. De nouvelles organisations de ce type doivent se conformer aux meilleures pratiques internationales. Cela est très important."

L'agence Chine nouvelle a rapporté que la Suisse, le Luxembourg et également la Corée du Sud envisageaient aussi d'être membres fondateurs de l'AIIB.

Le principal représentant diplomatique américain pour la région a affirmé que les inquiétudes de Washington restaient en l'état mais qu'il revenait aux pays de décider seuls.

"Notre message aux Chinois a toujours été d'accueillir favorablement le principe d'investissements dans les infrastructures mais d'exiger en même temps la preuve irréfutable (...) que cette banque prendra pour point de départ le niveau élevé de gouvernance qu'ont adopté d'autres banques de développement multilatérales", a déclaré Daniel Russel, secrétaire d'Etat adjoint pour l'Asie de l'Est et le Pacifique.

La Bad prête à coopérer

"Il revient à chaque gouvernement de décider si le meilleur moyen d'atteindre cet objectif est d'adhérer avant que les articles de la charte ne soient clarifiés ou d'attendre de voir ce qu'il en sera quand la banque commencera à être opérationnelle", a-t-il ajouté lors d'un déplacement à Séoul.

La Chine, qui sera le principal bailleur de fonds de l'AIIB, prévoit que la charte fondatrice sera finalisée en fin d'année. Ses articles feront l'objet de discussions entre les pays membres lors d'une réunion prévue du 29 au 31 mars à Almaty, a-t-on appris au ministère indien des Finances.

Pékin avait récemment fait état de 26 membres fondateurs, pour la plupart des pays d'Asie et du Moyen-Orient. La date butoir pour les rejoindre a été fixée au 31 mars.

Le Japon, l'Australie et la Corée du Sud sont les principales puissances régionales restées à ce jour à l'écart, mais leur position pourrait évoluer.

Le Premier ministre australien Tony Abbott a déclaré ce week-end qu'il prendrait "bientôt" une décision définitive et la Corée du Sud dit être toujours en discussions avec la Chine et d'autres Etats au sujet de sa participation.

Quant au Japon, rival historique de la Chine, il est avec les Etats-Unis le principal financier de la BAD, dont la présidence est, par convention, assurée par un de ses ressortissants.

Il est donc peu probable que Tokyo rejoigne l'AIIB mais le président de la BAD Takehiko Nakao a déclaré au journal Nikkei Asian Review que son institution discutait avec la nouvelle venue et pourrait coopérer avec elle.

Ju-min Park à Séoul, Michael Martina et Ben Blanchard à Pékin, Manoj Kumar à New Delhi, Leika Kihara in Tokyo et Yann Le Guernigou à Paris, Véronique Tison pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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