19 février 2015 / 16:38 / il y a 3 ans

Athènes fait des concessions, Berlin résiste

La Grèce a présenté jeudi à ses homologues de la zone euro une demande officielle de prolongation de six mois de l'accord d'aide financière, assortie d'importantes concessions de sa part, mais Berlin a immédiatement rejeté sa proposition. /Photo prise le 19 février 2015/REUTERS/Yves Herman

ATHENES/FRANCFORT (Reuters) - La Grèce a présenté jeudi à ses homologues de la zone euro une demande officielle de prolongation de six mois de l‘accord d‘aide financière, assortie d‘importantes concessions de sa part mais Berlin a rejeté la proposition jugée non “pertinente” avant qu‘elle soit examinée vendredi par l‘Eurogroupe à Bruxelles.

Le ministère allemand des Finances Wolfgang Schäuble a estimé qu‘elle ne remplissait pas les conditions fixées par les partenaires européens de la Grèce dans le cadre du plan de sauvetage du pays en cours et dont le nouveau Premier ministre Alexis Tsipras ne veut plus.

Wolfgang Schäuble a critiqué la lettre envoyée par le ministre des Finances grec Yanis Varoufakis au président de l‘Eurogroupe, lui demandant de prolonger l‘accord cadre passé entre le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et la République hellénique et qui expire le 28 de ce mois.

“La lettre d‘Athènes ne constitue pas une proposition qui mène à une solution pertinente”, a déclaré le porte-parole du ministère allemand des Finances, Martin Jäger. “En réalité elle s‘oriente vers un financement relais, sans remplir les exigences du programme”, a-t-il ajouté.

Un projet de document allemand préparé en vue de la réunion de l‘Eurogroupe estime que la nouvelle demande grecque constitue un “cheval de Troie” car elle ménage une “immense liberté d‘interprétation” et ne garantit pas qu‘Athènes respectera les conditions de ses prêts actuels.

Cette position intransigeante a été atténuée par le ministre de l‘Economie, Sigmar Gabriel, qui a jugé la proposition insuffisante mais de nature à servir de base de discussion.

Le Premier ministre français Manuel Valls s‘est aussi montré conciliant en disant percevoir un “signe très encourageant” sur la possibilité d‘un accord rapide avec le gouvernement d‘Alexis Tsipras.

Le Premier ministre grec a eu un entretien téléphonique de 50 minutes avec Angela Merkel, qualifié de “constructif” dans un “climat positif destiné à trouver une solution bénéfique pour la Grèce et pour la zone euro”, selon un responsable grec.

Il a ensuite discuté avec le président français François Hollande qui a promis d‘évoquer la question avec Angela Merkel lors de la venue de cette dernière à Paris vendredi.

La situation est suivie avec attention depuis Washington où un haut responsable du Trésor a jugé que “des compromis allaient être nécessaires de part et d‘autre”, un message adressé autant à la Grèce qu‘à l‘Allemagne.

A l‘issue des travaux préparatoires jeudi soir, Athènes semblait pourtant isolée avant la réunion des ministres, indiquaient des sources proches des négociations.

ATHÈNES RÉPLIQUE

Des différences sont visibles entre la proposition de Yanis Varoufakis de lundi et la dernière, notamment le fait de spécifier que les objectifs budgétaires de 2015 devraient “prendre en compte la situation économique”.

La lettre dit aussi que la Grèce a l‘intention de mettre en oeuvre “des réformes ambitieuses et d‘ampleur” visant à restaurer le niveau de vie des citoyens grecs. Certains points du texte initial de l‘Eurogroupe, dont l‘engagement de coopérer avec la “troïka” des bailleurs de fonds de la Grèce concernant les réformes de l‘emploi et des retraites, n‘y figurent plus.

Le gouvernement grec a rapidement répliqué à Berlin en déclarant qu‘il appartenait aux ministres des Finances de la zone euro d‘accepter ou de rejeter sa proposition.

“Le gouvernement grec a soumis à l‘Eurogroupe une lettre demandant une prolongation de six mois de l‘accord de prêt. L‘Eurogroupe n‘aura demain que deux choix: accepter ou rejeter la demande grecque”, a déclaré un haut fonctionnaire. “On verra alors clairement qui veut une solution et qui n‘en veut pas”.

Un haut fonctionnaire du gouvernement grec a observé que la Grèce proposait des conditions différentes de celle du programme d‘aide qui court jusqu‘à la fin du mois.

Athènes s‘est engagé à maintenir l‘équilibre budgétaire pendant la période de transition, à mettre en oeuvre des réformes pour lutter contre l‘évasion fiscale et la corruption, ainsi que des mesures pour répondre à ce que le gouvernement qualifie de “crise humanitaire” et pour relancer la croissance.

Dans le document auquel Reuters a eu accès, la Grèce s‘engage à respecter ses obligations financières vis-à-vis de ses créanciers, à reconnaître l‘existence du programme de l‘Union européenne (UE) et du Fonds monétaire international (FMI) comme cadre légal et à s‘abstenir de toute action unilatérale pouvant remettre en cause ses objectifs budgétaires.

Fait décisif, elle accepte que la prolongation soit gérée par la “troïka” composée de la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI, alors qu‘Alexis Tsipras s‘était juré de couper les ponts avec un triumvirat honni par une bonne partie de la population.

LA BANQUE CENTRALE GRECQUE SE VEUT RASSURANTE

Toutefois, le document n‘engage pas la Grèce à atteindre un excédent budgétaire primaire de 3% du PIB cette année, comme il est prévu dans le programme de sauvetage international. Tsipras veut le ramener à 1,5% du PIB pour permettre à l‘Etat de prendre des mesures sociales et le document se contente d‘évoquer “un excédent budgétaire primaire adapté”.

Les six mois demandés seraient employés à négocier un accord de reprise et de croissance sur le long terme, incorporant d‘autres mesures d‘allègement de la dette promises par l‘Eurogroupe en 2012.

Sans aide financière, la Grèce pourrait rapidement se retrouver à court d‘argent car elle sera confrontée dès mars à des échéances de remboursement de créances du FMI.

Dans la soirée de mercredi, le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) n‘a que modestement relevé le plafond du dispositif de fourniture de liquidités d‘urgence (ELA) aux banques grecques à 68,3 milliards d‘euros, selon une source au fait du dossier, une manière de pousser Athènes à s‘entendre rapidement avec ses créanciers.

Si les fonds de l‘ELA s‘épuisaient, les banques grecques seraient confrontées à une crise de liquidités qui pourrait réclamer la mise en place d‘un contrôle des changes limitant les retraits aux guichets.

Le gouverneur de la banque centrale s‘est voulu rassurant jeudi en affirmant qu‘il veillerait au bon fonctionnement du système bancaire et des liquidités. “Nous sommes là pour prévenir tout accident”, a dit Yannis Stournaras à la presse. Interrogé sur les risques de retraits massifs de dépôts, il a répondu : “Tout est sous contrôle”.

Avec George Georgiopoulos et Lefteris Papadimas à Athènes, Adeline Chambers et Noah Barkin à Berlin, Juliette Rouillon et Pierre Serisier pour le service français

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