27 octobre 2014 / 08:13 / il y a 3 ans

Les tests n'ont pas réglé tous les problèmes des banques

Les tests bancaires conduits sous l'égide de la BCE ont certes fait apparaître des besoins de recapitalisation limités mais la révision à la hausse des encours de prêts douteux et un chiffrage à 47,5 milliards d'euros de pertes supplémentaires liées à la surévaluation de certains actifs dans les bilans pèseront sur l'attractivité du secteur auprès des investisseurs. /Photo d'archives/Leonhard Foeger

FRANCFORT (Reuters) - Les tests bancaires conduits sous l'égide de la Banque centrale européenne (BCE) ont certes fait apparaître des besoins de recapitalisation limités pour le secteur mais la révision à la hausse des encours de prêts douteux et la surévaluation d'actifs au bilan pèseront sur l'attractivité du secteur auprès des investisseurs.

La BCE a dit dimanche que les 130 principales banques de la zone euro, dont elle assurera la supervision directe à compter du 4 novembre, n'avaient que 25 milliards d'euros de déficit de fonds propres à la fin de l'année dernière sur la base de l'évaluation de la qualité de leurs actifs et des tests de résistance à d'éventuels chocs sur une période de trois ans.

Le montant des fonds à lever tombe même à moins de sept milliards d'euros après prise en compte des développements intervenus depuis le début de cette année, un montant bien inférieur à celui de 50 milliards que des investisseurs interrogés par Goldman Sachs en août avaient considéré comme un minimum pour juger les tests crédibles.

Au-delà de l'évaluation des besoins de recapitalisation du secteur, les résultats des tests sont loin de dissiper toutes les inquiétudes et la BCE ne s'y trompe pas puisqu'elle a souligné l'ampleur de la tâche qui reste à accomplir pour assainir le secteur.

L'examen l'a en effet conduite à relever l'encours des créances douteuses de 136 milliards d'euros, soit une hausse de 18%, et il fait apparaître 47,5 milliards d'euros de pertes supplémentaires liées à la surévaluation de certains actifs dans les bilans.

"Les banques sont confrontées à un défi significatif, le secteur demeurant chroniquement non rentable et devant s'attaquer à un encours de 879 milliards d'euros de prêts douteux, ce qui mobilisera des montants conséquents de fonds propres", relève le cabinet d'audit KPMG.

Jan Dehn, responsable de la recherche de la société de gestion Ashmore est plus catégorique. "Une banque européenne sur cinq présente un risque d'insolvabilité", estime-t-il en référence au fait que la BCE a fait état de 25 banques ayant échoué aux tests à la fin de l'année dernière.

Il ajoute que la politique d'injection de liquidités de la BCE pour relancer le crédit ne fonctionnera pas si les banques sont trop mal capitalisées pour prêter.

POSITIF POUR LES ACTIONNAIRES, DÉCEVANT POUR LES CRÉANCIERS

Après ajustement des ratios de fonds propres par la BCE pour tenir compte de l'évaluation des actifs des banques, 31 d'entre elles présentaient un ratio inférieur à 10%, un niveau considéré par les investisseurs comme un seuil de sécurité. Et 28 autres banques ne le dépassaient que de 1%.

"(Les résultats) sont positifs pour les actionnaires, mais fondamentalement décevants pour les créanciers du fait du montant limité du renforcement des fonds propres", souligne Kit Juckes, stratégiste à la Société générale.

Les analystes de Citi soulignent aussi que l'ampleur des ajustements comptables liés à la revue de la qualité des actifs "aura des conséquences à l'avenir en termes de contraintes réglementaires".

Les banques dont les ratios auront le plus souffert des ajustements imposés par la BCE verront leur capacité à prêter ou à payer des dividendes réduite.

L'état des lieux dressé par la BCE ne fait cependant pas que des sceptiques. "Nous avons été agréablement surpris par la sévérité de la revue de la qualité des actifs, l'ampleur de la révision des prêts douteux par exemple", a dit Roberto Henriques, analyste crédit pour l'Europe chez JPMorgan. "Cette information supplémentaire montre qu'ils vont être beaucoup plus stricts".

La mise à disposition d'une information transparente et harmonisée a aussi été saluée. "Cela devrait calmer toutes les inquiétudes sur la présence d'autres cadavres dans les placards des banques", a dit Geir Lode, responsable des gestions actions de Hermes Global Equities. "C'est positif pour les marchés".

Ces informations supplémentaires sont ainsi perçues comme une assurance pour les investisseurs face à des demandes de recapitalisation relativement modestes.

"Tout le monde va regarder de très près pour décider si ce n'est pas suffisant pour consolider les banques à risque", a dit Salman Ahmed, stratégiste obligataire de Lombard Odier Investment Managers.

"La bonne nouvelle, c'est que le processus est totalement transparent. Énormément d'informations sur les actifs des banques ont été communiquées aux investisseurs et ils sont maintenant en position de se faire leur propre opinion."

Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand

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