La BCE a le champ libre pour faire baisser l'euro

mardi 16 septembre 2014 14h56
 

par Eva Taylor et Leika Kihara et Howard Schneider

FRANCFORT/TOKYO/WASHINGTON (Reuters) - Les efforts entrepris par la Banque centrale européenne pour favoriser la baisse de l'euro pourraient théoriquement déclencher une nouvelle "guerre des monnaies" mais les Etats-Unis et le Japon restent pour l'instant l'arme au pied, conscients que la BCE n'a guère d'autres moyens d'agir.

Plusieurs responsables de l'institution de Francfort ont ouvertement évoqué la nécessité d'affaiblir l'euro pour redonner de l'élan à l'économie de la zone euro, qui a stagné au deuxième trimestre et flirte dangereusement avec la déflation.

Les banquiers centraux des grands pays industrialisés évitent habituellement ce genre de propos, de peur qu'une politique de dévaluation compétitive déclenche une surenchère et incite certains au protectionnisme.

Mais les mesures prises récemment par la BCE, qui ont contribué à faire tomber l'euro sous 1,30 dollar contre près de 1,40 en mai, n'ont guère suscité d'objections.

"Personne ne reproche à la BCE de déclencher une guerre des monnaies parce que tout le monde a peur de voir la zone euro s'enfoncer dans la déflation", explique un responsable japonais directement informé de la politique de taux de change. "Voir les Européens faire le nécessaire pour éviter la déflation est de l'intérêt de l'économie mondiale."

Le Japon avait bénéficié de la même mansuétude de la part de ses partenaires du G20 l'an dernier lors du lancement des "Abenomics", le plan du Premier ministre Shinzo Abe qui avait enclenché une forte baisse du yen.

Pour la BCE, la dépréciation de la monnaie unique est d'autant plus importante que ses autres décisions peinent à se répercuter sur le crédit aux ménages et aux entreprises, le contexte économique et réglementaire incitant les banques à la prudence tandis que les tensions géopolitiques pèsent sur la demande de prêts.

"Au moment où la zone euro, économiquement, fait pire que les Etats-Unis et le Royaume-Uni, la baisse de l'euro face au dollar et à la livre est le remède idéal", estime Barry Eichengreen, professeur d'économie à l'Université de Californie et considéré comme l'un des meilleurs experts mondiaux des devises.   Suite...

 
Les efforts entrepris par la Banque centrale européenne pour favoriser la baisse de l'euro pourraient théoriquement déclencher une nouvelle "guerre des monnaies" mais les Etats-Unis et le Japon restent pour l'instant l'arme au pied, conscients que la BCE n'a guère d'autres moyens d'agir. /Photo d'archives/REUTERS/Ralph Orlowski