Paris viole une nouvelle fois ses engagements sur les déficits

mercredi 10 septembre 2014 17h24
 

par Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - Le gouvernement français renonce à tenter de ramener le déficit public à la limite européenne de 3% avant la présidentielle de 2017 et prévoit pour cette année une dégradation des comptes, au lieu de l'amélioration qu'il promettait encore avant l'été.

L'annonce faite mercredi par le ministre des Finances Michel Sapin est un nouveau coup dur pour un exécutif impopulaire, fragilisé par la contestation de sa politique dans son propre camp, et dégrade encore la crédibilité déjà faible de la France sur les questions budgétaires.

Pour l'Union européenne, l'incapacité chronique de Paris à redresser ses comptes, alors qu'il avait déjà obtenu deux reports, en 2007 et 2013, pour les remettre dans les clous du pacte de stabilité, est une mauvaise nouvelle.

Elle survient le jour même de la nomination de la nouvelle Commission, où le prédécesseur de Michel Sapin, Pierre Moscovici, aura le rôle de "gendarme" de ce pacte.

Invoquant la faible croissance et une inflation au plus bas, Michel Sapin a indiqué que le déficit public atteindrait 4,4% du PIB fin 2014, au lieu de 3,8% prévu auparavant, soit plus que les 4,1% de 2013, selon la dernière révision par l'Insee.

Le dérapage serait ainsi de plus de 6 milliards d'euros cette année et de plus de 25 milliards en 2015, année où le déficit serait à peine réduit à 4,3%, au lieu des 3% promis auparavant. Il reviendrait sous cette barre fin 2017.

Michel Sapin a déclaré lors d'une conférence de presse que Paris ne demandait "aucune modification des règles européennes" pour retarder encore cette échéance.

"Nous ne demandons pas leur suspension, nous ne demandons aucune exception, ni pour la France ni pour tout autre pays, nous demandons la prise en compte collective d'une réalité économique qui nous concerne tous : une croissance trop faible, une inflation trop basse", a-t-il dit, en indiquant s'inscrire "dans le respect des traités".   Suite...

 
Le ministre des Finances Michel Sapin à la sortie du conseil des ministres, à l'Elysée. Le gouvernement a repoussé mercredi à la fin 2017 l'objectif de ramener le déficit public sous 3% du PIB, après une hausse attendue cette année, à 4,4%. /Photo d'archives/REUTERS/Philippe Wojazer