June 4, 2014 / 8:04 AM / in 3 years

Est-il réellement temps de miser sur les valeurs françaises?

5 MINUTES DE LECTURE

Plusieurs stratégistes et analystes de grandes banques d'investissement estiment qu'il est désormais temps d'investir dans les entreprises françaises malgré la stagnation économique du pays, un taux de chômage record, le niveau de marges le plus faible d'Europe et un coût du travail élevé. /Photo d'archives/Carlo Allegri

PARIS (Reuters) - Plusieurs stratégistes et analystes de grandes banques d'investissement estiment qu'il est désormais temps d'investir dans les entreprises françaises malgré la stagnation économique du pays, un taux de chômage record, le niveau de marges le plus faible d'Europe et un coût du travail élevé.

L'équipe en charge de l'allocation mondiale d'actifs chez Société générale et dirigée par Alain Bokobza continuaient ainsi de parier début mai sur le succès du tournant économique de François Hollande et estimaient que l'indice CAC 40 pourrait atteindre 7.000 points d'ici à la fin 2016.

L'indice phare de la place de Paris n'a jamais atteint ce niveau même au plus fort de la bulle internet avec un record bloqué à 6.944,77 points datant de septembre 2000 et un tel objectif représente un potentiel de hausse de 55% par rapport à la clôture de mardi soir.

Depuis le début de l'année, le CAC 40 affiche un gain de 5% quand son équivalent à Londres l'indice FTSE 100 prend 1,3% et le Dax allemand 4%.

D'autres brokers ont rejoint l'optimisme de SocGen sur les valeurs françaises, comme Deutsche Bank, qui reconnaît toutefois un point de vue "controversé", ou UBS, qui a salué en avril le remaniement du gouvernement français.

Prudence

"Nous pensons que la France bénéficierait davantage que l'Allemagne de nouvelles mesures d'assouplissement de la Banque centrale européenne (BCE)", estimait de son côté Crédit suisse le mois dernier en relevant sa recommandation sur la France de "sous-pondérer" à "surpondérer".

Outre l'annonce d'une nouvelle action de la BCE, espérée à l'issue de la réunion de l'institution jeudi, les analystes favorables aux actifs français misent sur une baisse des impôts qui permettrait de stimuler la compétitivité des entreprises, une réduction du déficit budgétaire et une baisse du coût du travail.

Pour autant, si cette stratégie semble partagée à long terme, les fondamentaux économiques du pays incitent de nombreux investisseurs à la prudence à plus court terme.

De fait, au premier trimestre 2014, l'économie française a enregistré une croissance nulle et le chiffre d'affaires cumulé des entreprises du CAC 40 a reculé de 2% - près de 60% des entreprises composant l'indice publiant même des ventes inférieures aux attentes du marché.

Le service d'information statistique européen Eurostat a placé la France comme le pays le moins attractif de la zone euro en 2012 avec une marge juste en dessous de 30% pour les entreprises non-financières.

Selon le baromètre publié la semaine dernière par le cabinet d'audit et de conseil Ernst & Young, la France est restée derrière le Royaume-Uni et l'Allemagne comme terre d'accueil en Europe des projets d'investissements internationaux.

réformes budgétaires

"Le principal problème que nous voyons pour la France est de toute évidence celui de la croissance qui va maintenir la pression sur le marché actions", estime Naeem Aslam, chef analyste chez Ava Trade.

En outre, après le résultat des élections européennes, qui a vu le Front national arrivé très largement en tête en France, des analystes s'interrogent sur la capacité du pays à mener des réformes budgétaires.

"Le résultat des élections européennes est négatif du point de vue du crédit de la France et de la Grèce parce que dans ces pays, les partis eurosceptiques accentuent le risque de voir leur gouvernement songer à lever le pied sur la consolidation budgétaire", considérait lundi Moody's.

Alexandre Baradez, chef analyste chez IG, prévient qu'une persistance des divergences sur la façon de catalyser la reprise économique en zone euro favoriserait le retour de tensions sur les marchés financiers.

Enfin, certains analystes relèvent la différence de calcul des indices boursiers, le Dax incluant les dividendes à la différence du CAC 40.

En incluant les dividendes, le CAC 40 dépasse les 10.000 points et est tout proche de ses plus hauts historiques, diminuant ainsi l'attractivité de l'indice par rapport au Dax.

"Nous invitons à faire attention aux achats sur les cours actuels qui flirtent avec des seuils historiques dont on sait qu'ils avaient entraîné un reflux de 50% de l'indice à deux reprises ces 20 dernières années", commente Nicolas Chéron, analyste chez FXCM.

Avec Blaise Robinson et Leigh Thomas, édité par Matthieu Protard

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