May 12, 2014 / 9:00 AM / 3 years ago

Une croissance japonaise en trompe-l'oeil au 1er trimestre

4 MINUTES DE LECTURE

Le gouverneur de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda. La demande extérieure toujours faible, qui risque de peser sur la croissance nipponne dans les prochains trimestres, pourrait inciter la BoJ à assouplir encore sa politique monétaire. /Photo prise le 20 mars 2014/Yuya Shino

TOKYO (Reuters) - L'économie japonaise a probablement enregistré une forte croissance sur le trimestre janvier-mars mais cette performance pourrait n'être qu'un feu de paille lié à des achats anticipés des ménages avant le relèvement de trois points de la TVA entré en vigueur le 1er avril.

Ce bond passager de la consommation des ménages masque une demande extérieure toujours faible, qui risque de peser sur la croissance dans les prochains trimestres et pourrait inciter la Banque du Japon (BoJ) à assouplir encore sa politique monétaire.

L'estimation médiane de 27 économistes interrogés par Reuters donne une croissance annualisée de 4,2% au premier trimestre, ce qui marquerait un sixième trimestre consécutif d'expansion pour la troisième économie mondiale. Ce serait également le chiffre le plus élevé depuis celui de 4,5% enregistré au même trimestre de 2013, après le retour au pouvoir du Premier ministre Shinzo Abe.

Par rapport aux trois derniers mois de 2013, la croissance est attendue à 1,0%, ce qui marquerait une accélération après la hausse séquentielle de 0,2% enregistrée en octobre-décembre.

La consommation privée, qui représente environ 60% de l'économie, devrait avoir progressé de 2,1% sur le trimestre, ce qui serait un plus haut depuis le premier trimestre 1997, là aussi avant un rélèvement de la TVA.

L'investissement, point faible de la reprise au Japon depuis un an, aurait augmenté de 2,1%, sa plus forte hausse depuis le bond de 7,9% enregistré au dernier trimestre 2011 sur fond de reconstruction après le séisme et le tsunami de mars 2011.

La demande extérieure, à l'inverse, devrait avoir amputé la croissance trimestrielle de 0,4 point de pourcentage après avoir déjà eu un impact négatif de 0,5 point lors des trois mois précédents.

Cette contribution négative est due à l'important déficit commercial japonais, la dépréciation du yen ayant fait exploser la facture pétrolière alors même que le pays a accru ses importations d'énergie après l'arrêt de ses réacteurs nucléaires consécutif à la catastrophe de Fukushima.

La Boj Trop Optimiste ?

Du fait de la faiblesse de la demande à l'export et de la hausse des importations d'énergie fossile, l'excédent courant japonais n'a été que de 116,4 milliards de yens (83 millions d'euros) en mars, après un surplus de 612,7 milliards en février qui était le premier en cinq mois, selon des données publiées lunid par le gouvernement. Les économistes attendaient en moyenne un excédent de 305 milliards.

La faiblesse du commerce extérieur risque de remettre en cause le scénario de croissance de la BoJ, qui misait sur la dépréciation du yen pour relancer les exportations et compenser ainsi l'impact de la majoration de la TVA.

Selon une enquête du Japan Center for Economic Research, un institut privé, la croissance ne sera que de 0,7% sur l'exercice qui a commencé le 1er avril, bien en-deçà de la prévision de 1,1% retenue par la BoJ.

"La BoJ va probablement s'appuyer sur la faiblesse des exportations pour revoir à la baisse ses projections économiques trop optimistes", dit Masaaki Kanno, un ancien responsable de la banque centrale devenu le chef économiste pour le Japon de JPMorgan Securities.

"C'est facile d'en faire porter la responsabilité aux exportations car elles sont influencées par des facteurs externes qui ne sont pas du ressort de la BoJ", ajoute-t-il en prédisant de nouvelles mesures d'assouplissement monétaire en juillet.

Alors qu'elle avait atteint un pic de 18,6% en octobre, la croissance en valeur des exportations est retombée à 1,8% en mars sur un an, au plus bas depuis un an. En volume, les exportations ont même décru de 2,5% en mars, preuve que l'avantage compétitif du yen faible ne joue plus.

"S'il n'y a pas de rebond ce mois-ci, une récession ne serait pas à exclure et dans ce cas la BoJ pourrait devoir agir de nouveau", commente Yoshiki Shinke, chef économiste du Dai-ichi Life Research Institute. "Le verdict devrait tomber autour de juillet."

avec Leika Kihara, Véronique Tison pour le service français

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