May 6, 2014 / 6:19 AM / 3 years ago

Pour Siemens, Alstom complique une stratégie déjà délicate

5 MINUTES DE LECTURE

Alors que Joe Kaeser, le patron de Siemens, s'apprête à détailler mercredi sa nouvelle stratégie visant à combler le retard du groupe en terme de rentabilité sur des concurrents, son discours risque d'être occulté par la bataille dans laquelle le géant allemand a dû se lancer face à General Electric pour le contrôle des activités d'énergie d'Alstom. /Photo prise le 30 septembre 2013/Michaela Rehle

BERLIN (Reuters) - Lorsqu'il a pris l'été dernier la tête de Siemens après une révolution de palais, Joe Kaeser a promis que sa priorité serait de combler le retard du groupe en terme de rentabilité sur des concurrents comme General Electric.

Dix mois plus tard, le Bavarois s'apprête à détailler mercredi sa nouvelle stratégie mais son discours risque d'être occulté par la bataille dans laquelle le géant allemand a dû se lancer face à GE pour le contrôle des activités d'énergie d'Alstom.

Investisseurs et actionnaires s'attendent à ce que Joe Kaeser annonce une réorganisation d'envergure de Siemens, qui passerait par des milliers de suppressions de postes, un certain nombre d'acquisitions et de cessions d'ampleur limitées.

Siemens a annoncé la semaine dernière qu'il formulerait une offre sur Alstom et selon une source proche du dossier, sa proposition valoriserait la branche énergie Alstom à 10,5 milliards d'euros, en incluant du cash et des transferts d'actifs ferroviaires au groupe français.

L'offensive de Siemens sur le français est la première opération d'envergure tentée depuis l'arrivée de Joe Kaeser et elle aura pour lui figure de test. "C'est son premier acte majeur, sa première acquisition", souligne Christoph Niesel, gestionnaire de fonds d'Union Investment. "Si cela tourne mal, il ne pourra pas le reprocher à son prédécesseur. Il en sera responsable."

Depuis que Joe Kaeser est à la tête de Siemens, l'action du groupe allemand, a progressé de près de 17% et elle a même un temps dépassé les 100 euros pour la première fois en six ans, signe de la confiance des marchés à son égard. Lundi, le titre se traitait à 92,87 euros à la mi-journée, en baisse de 1,3%.

Pour le deuxième trimestre de son exercice décalé, les analystes s'attendent à ce que Siemens fasse part d'une hausse de 27% de son bénéfice imposable.

Soucieux de préserver cet élan, Joe Kaeser devrait proposer une restructuration de grande ampleur qui mettrait un terme à l'organisation du groupe en quatre segments distincts (industrie, énergie, santé et infrastructures).

Selon la presse allemande, le groupe devrait se diviser en une dizaine de divisions plus ramassées, avec notamment de nouveaux segments consacrés aux logiciels et à la production numérique. Cette réorganisation pourrait se traduire par la suppression de 5.000 à 10.000 postes.

"Pas La Fin Du Monde"

Joe Kaeser pourrait également confirmer les vues de Siemens sur les activités d'énergie de Rolls-Royce, que le groupe allemand pourrait acquérir pour un peu moins d'un milliard d'euros, tout en annonçant la cession d'une participation majoritaire dans l'autrichien VAI Metals Technologies au japonais Mitsubishi Heavy Industries.

L'offensive de Siemens sur Alstom, sans doute le morceau de choix de l'allocution de Joe Kaeser n'est pas dénuée de risques. Sa proposition de créer deux chefs de file européens, l'un dans l'énergie, l'autre dans le rail, pourrait ainsi se heurter à l'opposition de la Commission européenne si elle se traduisait par la naissance d'un "champion" contrôlant les deux tiers du marché des équipements ferroviaires dans l'UE.

Certains analystes soupçonnent Joe Kaeser d'avoir formulé une offre afin d'obliger GE à surenchérir tout en évitant de se mettre à dos Paris et Berlin, deux de ses principaux clients.

Selon Der Spiegel, certains cadres de Siemens doutent des chances de succès de Siemens et espèrent secrètement que GE finira par emporter la mise.

"Ce ne sera pas la fin du monde si nous ne l'emportons pas", a dit l'un des membres du conseil de surveillance cité par Der Spiegel. "L'avenir de Siemens ne dépend pas de cette opération."

Au contraire, certains investisseurs jugent qu'un accord avec Alstom finirait par détourner Siemens de ses objectifs prioritaires.

Le groupe devrait selon eux essayer de rattraper son retard avec des concurrents plus rentables comme GE ou Philips et de se pencher sur les retards coûteux pris par certains de ses projets dans l'éolien marin ou dans le train à grande vitesse.

Tim Albrecht, gestionnaire de fonds chez DWS Investment, dit préférer une stratégie moins risquée fondée sur la croissance organique plutôt que sur de grosses acquisitions.

"Nous avions espéré que le groupe se concentre davantage sur ses activités rentables, qu'il vende celles qui dégagent peu de marges et qu'il utilise les produits de cession pour restituer quelque chose à ses actionnaires, que ce soit par le biais d'un rachat d'actions ou d'un dividende exceptionnel", explique-t-il.

Nicolas Delame pour le service français, édité par Benoit Van Overstraeten et Marc Angrand

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