13 avril 2014 / 17:03 / il y a 3 ans

La Grèce se prépare à un "étirement" de son énorme dette

Il y a deux ans, la crise de la dette grecque avait failli faire exploser la zone euro. Aujourd'hui, les partenaires européens d'Athènes se préparent à alléger le fardeau de sa dette, sans renoncer à aucune créance mais en repoussant leur échéance tout en réduisant les taux d'intérêt, expliquent des responsables européens. /Photo prise le 9 avril 2014/Yorgos Karahalis

PARIS (Reuters) - Il y a deux ans, la crise de la dette grecque avait failli faire exploser la zone euro. Aujourd'hui, les partenaires européens d'Athènes se préparent à alléger le fardeau de sa dette, sans renoncer à aucune créance mais en repoussant leur échéance tout en réduisant les taux d'intérêt, expliquent des responsables européens.

Cette perspective explique en partie le succès spectaculaire de l'émission de trois milliards d'euros à cinq ans bouclée par la Grèce jeudi, à la veille d'une visite à Athènes de la chancelière allemande Angela Merkel.

Pour les investisseurs, même si l'économie grecque reste très affaiblie, la prochaine étape du dossier est bel et bien un allègement du fardeau de la dette.

"Il a été pour une bonne part intégré dans les cours et le marché s'attend aussi à ce que la Grèce soit rapidement réévaluée par les agences de notation", explique Alessandro Giansanti, responsable de la stratégie de taux d'ING Bank à Amsterdam.

"Parallèlement, le marché s'attend à une réduction du principal de la dette officielle, et à aucune implication du secteur privé (dans une réduction de la dette) au cours des années à venir."

Le scénario devrait se préciser au cours des prochains mois, lorsqu'auront débuté les négociations avec la zone euro et le Fonds monétaire international (FMI) sur le financement à plus long terme de la Grèce et la sortie du programme d'assistance en cours.

Les dirigeants européens ont tout intérêt à soutenir la coalition fragile conduite par le Premier ministre conservateur Antonis Samaras, pour éviter une arrivée au pouvoir d'Alexis Tsipras, le chef de file du parti de gauche Syriza, qui réclame un allègement massif du montant de la dette.

Les pays d'Europe du Nord s'opposent fermement à un tel effacement d'une partie de la dette, expliquant que cela reviendrait à récompenser Athènes pour ses fautes passées.

Repousser les échéances et réduire les taux d'intérêt serait plus acceptable pour l'Allemagne, les Pays-Bas et la Finlande. D'autant que cela a déjà été fait, puisque les prêts originels avaient été accordés pour cinq ans seulement et à des taux punitifs.

L'ACCÉLÉRATEUR ET LE FREIN À MAIN

"Etirer les prêts du secteur officiel et réduire leurs taux d'intérêt créera un espace pour de nouveaux prêts du secteur privé sans que celui-ci ait à craindre d'être en concurrence avec les créanciers du secteur officiel lorsque viendra l'heure de rembourser", explique Elena Daly, associé d'EM Consult, un cabinet parisien spécialisé dans la dette souveraine.

Pour les investisseurs, le profil de la dette d'un Etat - l'échéancier de ses remboursements futurs ou de ses obligations de refinancement - est plus important que le montant absolu de sa dette.

Aujourd'hui, après deux plans d'aide de l'Union européenne et du FMI d'un montant total de 240 milliards d'euros, la Grèce affiche une dette publique équivalant à 175% de son produit intérieur brut (PIB), un ratio bien supérieur au niveau jugé supportable par le FMI.

Le PIB grec a diminué de 25% depuis le début de la crise, les salaires et les pensions de retraite ont fortement baissé et le taux de chômage avoisine 27%. Le pays peut espérer renouer cette année avec la croissance mais celle-ci sera anémique.

Il est donc improbable qu'Athènes parvienne à ramener son taux d'endettement au niveau prévu par la "troïka", à savoir 124% du PIB en 2020 et 110% en 2022. Il faudrait en effet renouer durablement avec des taux de croissance soutenus pour faire baisser ce ratio aussi rapidement.

De surcroît, les intérêts de la dette grecque absorbent à eux seuls près de 5% du PIB, deux fois plus qu'en France. Vouloir relancer une économie soumise à un tel poids revient à tenter d'accélérer tout en serrant le frein à main.

Une fois qu'Eurostat, l'institut européen des statistiques, aura confirmé dans quelques semaines que la Grèce a renoué avec un excédent budgétaire primaire (hors service de la dette), la voie vers l'allégement de la dette du secteur officiel sera dégagée.

Ironie de l'histoire, le succès de l'émission obligataire de la semaine écoulée pourrait compliquer les discussions sur cet allégement, certains responsables allemands expliquant qu'il n'y a aucune urgence.

Marc Angrand pour le service français

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