April 4, 2014 / 10:54 AM / 3 years ago

Le dégonflement de son bilan, prochain défi de la Fed

5 MINUTES DE LECTURE

Maintenant que la Réserve fédérale a engagé la sortie progressive de son programme massif de rachat d'actifs sur le marché, les responsables de la politique monétaire américaine s'interrogent sur la prochaine étape: à quel moment la banque centrale devra-t-elle commencer à dégonfler son bilan? /Photo prise le 31 juillet 2013/Jonathan Ernst

SAN FRANCISCO/NEW YORK (Reuters) - Maintenant que la Réserve fédérale a engagé la sortie progressive de son programme massif de rachat d'actifs sur le marché, les responsables de la politique monétaire américaine s'interrogent sur la prochaine étape: à quel moment la banque centrale devra-t-elle commencer à dégonfler son bilan?

Si la Fed s'en tient à son projet établi en juin 2011, la décision d'arrêter de réinvestir les revenus des obligations qu'elle détient précéderait tout relèvement de ses taux directeurs et marquerait le premier cycle de resserrement monétaire depuis 2004-2006.

Mais certains dirigeants de la Fed se posent des questions.

Des conversations avec plusieurs responsables monétaires laissent penser que certains d'entre eux préféreraient passer à cette étape délicate à peu près en même temps que la première hausse des taux, peut-être vers le milieu de l'an prochain.

Et ceux qui veulent respecter le projet initial de la Fed soulignent qu'il faudra bien s'assurer que les marchés comprennent que le retrait du marché obligataire ne signifie pas forcément qu'une hausse des taux est imminente.

Quel qu'en soit le calendrier, la décision de mettre fin au réinvestissement des revenus tirés des obligations d'Etat et des titres adossés à des créances hypothécaires (MBS) représenterait un premier pas en direction d'une réduction du bilan de la Fed, qui a atteint des niveaux sans précédents, pour le ramener à un montant jugé plus normal, d'environ 1.000 milliards de dollars.

L'arrêt des réinvestissements serait un signal fort à l'opinion américaine sur le fait que l'économie du pays frappée par la récession a enfin repris pied et doit se préparer à une hausse des taux.

Une telle décision exercerait également une petite pression à la baisse sur le coût de financement à long terme, à moins que les marchés ne l'interprètent à tort comme le signe avant-coureur d'un nouveau tour de vis plus radical.

John Williams, président de la Fed de San Francisco, a déclaré à Reuters qu'une telle initiative signifierait que des relèvements des taux d'intérêt s'annoncent dans un "avenir prévisible" et non pas qu'ils sont "imminents".

Risque De surinterprétation

"Ce à quoi nous devons faire attention et sur quoi nous devons communiquer de façon très déterminée est que cette mesure ne doit pas être interprétée à tort comme le signe de l'imminence d'une hausse des taux ou bien, si vous voulez, d'un resserrement plus sévère que prévu de la politique monétaire."

C'est la leçon des évènements de mai, dit John Williams. A l'époque, les actions et les obligations ont chuté après des déclarations du président d'alors de la Fed Ben Bernanke laissant entendre qu'une sortie progressive du programme de rachat d'obligations par la Fed démarrerait dans les mois à venir.

"Nous voulons qu'il soit clair que notre intention de maintenir les taux bas pendant encore quelques années fait partie de notre réorientation en douceur, de notre politique", a-t-il dit dans une interview accordée à Reuters.

"Ce qui est inquiétant c'est qu'à chaque fois que nous faisons quelque chose, les investisseurs y accordent trop d'importance."

Les marchés financiers se sont montrés ces derniers temps extrêmement sensibles à toute indication suggérant qu'une hausse des taux pourrait intervenir plus tôt que prévu.

Le mois dernier, la Fed a déclaré qu'il fallait prévoir "un délai considérable" entre la fin des rachats d'actifs et le début du relèvement des taux d'intérêt. Mais lorsque sa nouvelle présidente Janet Yellen a dit que ce délai pourrait être de six mois, les marchés ont plongé.

"Nous pourrions jouer cette carte à n'importe quel moment", a déclaré la semaine dernière à la presse le président de la Fed de St. Louis James Bullard lors d'une conférence à Hong Kong. "Je crois que les marchés ont oublié cet élément de la politique."

La plupart des économistes s'attendent à ce que la Fed continue à augmenter son bilan après l'arrêt des rachats directs d'obligations. L'annonce qu'elle met fin à cette pratique de réinvestissement du produit de ses titres pourrait aider à préparer le terrain pour un prochain relèvement des taux.

"Cette décision est une cartouche importante", souligne Thomas Costerg, économiste chez Standard Chartered Bank, qui ne s'attend pas à ce que la Fed brûle ses deux cartouches en même temps: le dégonflement de son bilan et la hausse des taux.

Dans la mesure où peu d'obligations du Trésor arrivent à échéance avant 2016, l'impact immédiat d'un arrêt des réinvestissements serait faible au départ. Mais, compte tenu des titres actuellement détenus, il faudra une dizaine d'année pour que la totalité du portefeuille de la Fed arrive à expiration.

Juliette Rouillon pour le service français, édité par Marc Joanny

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