March 12, 2014 / 2:08 PM / 3 years ago

Une réforme fiscale pour tenter de doper l'économie espagnole

4 MINUTES DE LECTURE

L'économie espagnole montre des signes de reprise, grâce entre autres aux exportations, mais face à un taux de chômage supérieur à 25%, le gouvernement de Mariano Rajoy opte pour une nouvelle méthode: la réforme fiscale. /Photo prise le 29 mai 2013/Gustau Nacarino

MADRID (Reuters) - L'économie espagnole montre des signes de reprise, grâce entre autres aux exportations, mais face à un taux de chômage supérieur à 25%, le gouvernement de Mariano Rajoy opte pour une nouvelle méthode: la réforme fiscale.

Le conseil des ministres étudiera vendredi un projet dont son président, Mariano Rajoy, espère qu'il permettra de doper la croissance et de créer des centaines de milliers d'emplois.

Selon des sources gouvernementales, les produits et services bénéficiant des taux réduits de TVA de 4% et 10% pourraient être alignés sur le taux normal de 21%, et les taxes sur l'immobilier et les carburants seraient relevées.

Parallèlement, l'impôt sur les sociétés et l'impôt sur le revenu des tranches inférieures seraient réduits. Mariano Rajoy a en outre annoncé une réduction de 75% en moyenne des cotisations sociales payées par les employeurs cette année pour les nouvelles embauches.

Ce plan de "dévaluation fiscale", comparable par certains aspects au projet de TVA sociale envisagé un temps en France, constitue la dernière illustration en date des efforts des pays du sud de l'Europe pour tenter de relancer leur économie sans recourir forcément à la baisse des salaires et des prix.

L'Espagne, membre de la zone euro, ne peut évidemment pas opter pour une dévaluation de sa monnaie et la Banque centrale européenne (BCE) ne montre aucune volonté de favoriser une dépréciation de l'euro. La dévaluation "interne" était donc la seule piste envisageable.

Mais la baisse des salaires et des prix enclenchée ces dernières années menace aujourd'hui de conduire à la déflation, une évolution bien plus dangereuse, qui risquerait d'étouffer une reprise encore fragile.

Pari Politique

Pour Mariano Rajoy, la réforme de la fiscalité est aussi un pari politique lancé alors que sa popularité est au plus mal: selon un récent sondage Metroscopia, 76% des Espagnols désapprouvent la politique actuelle et 6% seulement croient à une amélioration prochaine de la conjoncture économique.

Certaines des mesures fiscales prévues seront sans doute mal accueillies dans un pays qui a déjà vécu plusieurs années d'austérité. Mais si la réforme permet de favoriser l'activité et de créer des emplois, le président du gouvernement et le Parti populaire (PP), dont il est issu, pourront espérer conquérir un nouveau mandat de quatre ans à la tête du pays.

Selon des organisations patronales, la baisse des cotisations sociales pourrait inciter 300.000 travailleurs indépendants non-déclarés à sortir du travail au noir.

Plusieurs dizaines de milliers de contrats à temps partiel, qui bénéficient d'exonérations supplémentaires, pourraient aussi être signés cette année.

Dans une étude publiée l'an dernier, la banque BBVA expliquait qu'une réduction de 3,5 points des cotisations sociales conjuguée à une hausse de deux points de la TVA pourrait générer 0,74 point de croissance et créer plus de 200.000 emplois en deux ans. Un effet équivalent à celui d'une dépréciation d'environ 10% du taux de change.

Le gouvernement, qui a récemment revu à la hausse sa prévision de croissance 2014 et veut ramener le taux de chômage sous 25% d'ici la fin de l'année, espère que sa réforme améliorera la compétitivité de l'Espagne et qu'elle assurera aux entreprises espagnoles un avantage par rapport à leurs concurrents étrangers, puisque tous les produits seront taxés au même taux de TVA alors que la production espagnole bénéficiera de cotisations sociales réduites.

Certains économistes soulignent toutefois que l'impact de cette dévaluation fiscale dépendra de l'ampleur des transferts entre cotisations sociales et TVA.

"Une véritable dévaluation fiscale supposerait que la baisse des cotisations sociales concerne tous les contrats et qu'elle soit permanente", explique ainsi Rafael Domenech, chef économiste de BBVA pour les pays développés.

Marc Angrand pour le service français, édité par Marc Joanny

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below