March 5, 2014 / 6:28 AM / in 3 years

La Chine veut une croissance économique moins polluante

5 MINUTES DE LECTURE

S'exprimant en ouverture de la session annuelle du Parlement, l'Assemblée populaire nationale, le Premier ministre chinois Li Keqiang a une nouvelle fois laissé entendre que le temps de la croissance effrénée était désormais révolu, Pékin ayant en effet annoncé une "guerre" contre la pollution et une décélération du rythme de hausse des investissements, qui tombera cette année à un creux de plus de dix ans. /Photo prise le 5 mars 2014/Jason Lee

PEKIN (Reuters) - La Chine a une nouvelle fois laissé entendre que le temps de la croissance effrénée était désormais révolu, le Premier ministre ayant en effet annoncé une "guerre" contre la pollution et une décélération du rythme de hausse des investissements, qui tombera cette année à un creux de plus de dix ans.

S'exprimant en ouverture de la session annuelle du Parlement, l'Assemblée populaire nationale (APN), Li Keqiang a précisé que la deuxième puissance économiques mondiale visait une croissance de son produit intérieur brut (PIB) d'environ 7,5% en 2014.

Cet objectif, quasiment identique à la croissance de 2013 (7,7%) et conforme aux prévisions de la plupart des analystes, s'inscrit dans le cadre de l'ambitieux programme de réformes dévoilé en novembre lors du plénum du comité central du Parti communiste.

Ce programme vise à rééquilibrer le développement de la Chine, quitte à en ralentir le rythme légèrement, en réduisant sa dépendance aux investissements et aux exportations au profit d'un renforcement de la demande intérieure.

"Les réformes sont la priorité absolue du gouvernement. Il faut que nous ayons la volonté de briser les verrous psychologiques afin d'approfondir les réformes sur tous les fronts" a déclaré Li Kegiang, devant les 3.000 délégués de l'APN.

Les usines ne produisant plus rien ou presque seront fermées, l'investissement privé sera encouragé et le travail d'élaboration d'une nouvelle fiscalité, favorable à la protection de l'environnement, sera accéléré, a ajouté le Premier ministre.

Afin d'accompagner cette mue du modèle économique chinois, l'agence de planification du pays - la Commission des réformes et du développement national - a précisé devant le Parlement que le gouvernement visait pour cette année une hausse de 17,5% des investissements dans des actifs immobilisés, ce qui serait leur rythme de croissance le plus faible en 12 ans.

Pendant quelque 30 ans d'une croissance souvent à deux chiffres, ces investissements ont été le moteur principal de l'économie chinoise, mais ce au prix d'une pollution massive de l'air et de l'eau et d'un endettement colossal, notamment des collectivités locales.

Ils avaient ainsi augmenté de 19,6% en 2013 - contre un objectif de 18% qui avait été fixé par Pékin - et représenté plus de la moitié de la hausse du PIB l'an dernier.

Programme De réformes engagé De manière Prudente

La pollution - à l'instar du "smog" qui s'est abattu sur Pékin en janvier - est devenue un sujet de préoccupation majeure, voire de colère, pour les Chinois.

Il n'est pas rare que les niveaux de pollution de l'air dans certaines villes chinoises dépassent les seuils de danger pour la santé des habitants.

Les autorités comptent agir sur les tarifs afin de promouvoir les énergies non fossiles et réduire la consommation dans les secteurs de la sidérurgie et du ciment, qui sont parmi les principales sources de la pollution atmosphérique.

Dans son allocution retransmise en direct à la télévision publique, Li Keqiang a ajouté que l'objectif d'inflation serait maintenu à environ 3,5% en 2014 et que la Chine allait progresser vers la convertibilité de sa devise, le yuan.

Les autorités chinoises prévoient pour 2014 un budget de 15.300 milliards de yuans (1.800 milliard d'euros), avec un déficit représentant environ 2,1% du PIB, soit un taux inchangé par rapport à 2013, a précisé le ministère des Finances.

Ces annonces, conformes aux attentes des économistes, indiquent que le programme de réformes est bien engagé mais de manière prudente.

"Cela devrait signifier que les décideurs politiques disposent d'une marge de manoeuvre suffisante pour faire en sorte que la croissance reste à un niveau suffisant tout en mettant en oeuvre les réformes", a écrit la banque HSBC dans une note rédigée avant cette session parlementaire.

Pour les analystes, les réformes envisagées, telles que la réduction du poids de l'administration publique ou les fermetures d'usines endettées dans des secteurs en surcapacité, seront mises en oeuvre progressivement et avec prudence en raison des risques d'explosion du chômage et de déstabilisation sociale du pays.

En outre, aux yeux de certains d'entre eux, en refusant d'accepter une décélération trop marquée de la croissance économique, Pékin confirme que l'évolution vers un autre modèle se fera en douceur, n'en déplaise aux expressions parfois fortes utilisées par le Premier ministre.

"En conservant un objectif de PIB de 7,5%, le gouvernement laisse entendre qu'il ne va peut-être pas endiguer le rythme de croissance des crédits aussi vite que nous l'espérions", a déclaré Julian Evans-Pritchard, économiste chez Capital Economics.

Comme certains intervenants de marché avaient anticipé un objectif de PIB plus bas, l'annonce d'une croissance de 7,5% pour cette année a contribué à la bonne tenue des Bourses asiatiques, celles de Tokyo et de Séoul ayant ainsi terminé en hausse de respectivement 1,20% et 0,88%.

Avec Michael Martina, Li Hui et David Stanway, Bertrand Boucey et Benoît Van Overstraeten pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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